DU VENT ! UNE BOSSE ! DES ADVERSAIRES !

Lieu: Plénée-Jugon
Côtes d’Armor
Date : Dimanche 2 août 2009
Organisateur : VSP Lamballe
Place : 4e
Souvenir : Une course extrêmement dure…
Le parcours

En Bretagne, on aime le vélo, les winners et les gars qui ont du caractère. Aussi, lorsqu’un village accueille une course, il sort le grand jeu : estrade (couverte), sono, programme des courses, banderoles chauvines et amoureuses, demoiselles d’honneur, coupes énormes, enveloppes et petits lots…
Sur le papier, un circuit de 2,9 km peut paraître un peu court pour que des cyclistes expérimentés puissent y exprimer leurs talents physiques et leur sens tactique. Celui de Plénée-Jugon méritait bien, cependant, que quarante Minimes viennent y confronter leur fougue et leur passion du vélo et de la compétition.
Peu après le départ de la course – donné en montée – les coureurs allaient se coltiner un faux-plat qui, avalé vent dans le pif, allait se montrer de moins en moins anodin au fil des tours. Cette ligne droite, n’était pas bien longue, mais elle ferait mal !

Pas frais le garçon !
Les compétiteurs basculeraient ensuite à gauche et entamerait une descente scindée en deux tronçons. Le premier, très roulant, serait sans doute propice à la récupération – ou à l’ataque !! – car la pente, toute sympathique soit-elle, serait bientôt cassée par un long bout plat, sur lequel il faudrait certainement exprimer la valeur de ses gambettes. Pourquoi ? Parce que juste après cette zone, la pente deviendrait plus raide, plus sinueuse et, malheureusement, un peu plus scabreuse au moment où elle pénétrerait dans le Bourg. Avant d’aborder le pif-paf à l’entrée de Plénée-Jugon et, surtout, de venir buter sur le dernier virage à angle aigu et assez « sale » qui servait de seuil à l’interminable grimpette qui suivait, les plus futés et les plus prudents essaieraient sans doute de se présenter en avant du groupe pour ne pas être gênés par le paquet de nerfs qui freinerait pile à cet endroit-là en ne manquant évidemment pas de s’emmêler un peu les trajectoires.
Ensuite, il y aurait la montée, longue, mais pas effrayante, offrant en outre un semblant de répit aux jambes dures, elle aussi serait sans doute favorable à des attaques…
Ce parcours, sélectif, les Minimes auraient à le boucler neuf fois ! Bonjour les dégâts !

A Plénée-Jugon, ils se connaissent tous… mais ils ne connaissent pas Thomas !
Peut-être celui-ci pourrait-il en profiter pour sortir de la boîte ?
JOUR DE COURSE
JOUR DE FÊTE
Après la journée de trajet qui nous avait amenés en Bretagne, c’était la journée des courses… et pas chez l’épicier du coin ! En ce dimanche 2 août 2009, nous étions partis – et pour une fois, en famille ! – en direction de Plénée-Jugon où devait se dérouler la compétition sur laquelle, un peu à l’aveuglette, Thomas avait souhaité s’inscrire car, dans les seules Côtes d’Armor, ce week-end-là comme les suivants, imaginez-vous que nous avions l’embarras du choix ! Avant de partir, nous avions repéré les courses se disputant dans ce département et, d’abord, tenté de contacter les organisateurs de ces événements avant de nous rendre compte que, tous, même s’ils n’ont pas le droit de refuser une inscription « sur place », tenaient à ce que celles-ci se fassent par le biais de notre Club « référant ».

La campagne, c’est vraiment cool…
Quand j’avais demandé à quel endroit – précisément – serait donné le départ de l’épreuve, le président avait semblé interloqué avant de reprendre ses esprits et de me répondre : « Ben ! Dans l’Bourg ! ». Effectivement, et ce fut bien agréable, nous n’eûmes pas à hésiter entre mille bretelles d’autoroutes, ni à errer dans un fouillis de rues à sens unique et aux plaques absentes avant de repérer les vestes fluo des membres de « la sécurité »… Nous étions arrivés un peu tôt, réflexe de Franciliens habitués à être confrontés à d’imprévisibles bouchons, mais il y avait déjà comme une ambiance de fête et pas mal de monde qui allait et qui venait. En nous dirigeant vers la ligne de départ, nous essayions de lire le nom des Clubs sur ces habits de lumière jamais vus tout en savourant l’étrangeté de ce moment…

Le vélo, c’est folklorique…
Et puis, il y a eu de plus en plus de monde. Les gens du crus se reconnaissaient, s’apostrophaient, se souriaient, se regroupaient et discutaient. Nous nous sentions un peu en marge, mais je voyais aussi que beaucoup regardaient Thomas du coin de l’œil. Sauf les filles qui le mataient en loucedé pour des raisons bien compréhensibles, ils semblaient le prendre pour un extraterrestre, ou le représentant énigmatique d’un Club inconnu ou, pour ceux qui s’intéressent à la piste – et ils doivent être nombreux dans une Région qui comporte 17 vélodromes dont certains sont même de construction récente !! – pour un loustic peut-être dangereux…


Ces inconnus sont des sportifs reconnus…
Puis le bavard de la sono s’est emparé du micro. En attendant que l’organisation de la course soit finalisée, il s’est mis à détailler ce que serait la course, quel Club en était l’organisateur, quels en étaient les « sponsors ». Il a organisé des quizz « chauvins » sur le vélo et les Bretons s’étant illustrés en course… Et malheur à ceux qui dans leurs réponses confondaient un champion « costarmoricain » avec un cycliste d’Ile-et-Vilaine ou, pire encore, un Breton et un Normand !! Intarissable, il a aussi commencé à dresser un tableau d’honneur des Minimes inscrits sur la course dont il connaissait sur le bout des doigts tous les exploits.


Un palmarès intimidant…
C’est à ce moment que, pour la première fois, Thomas a entendu parler d’Erwan Cornillé, la star locale. Attention ! Sous ses airs modestes, voire débonnaires, ce grand gaillard placide n’était pas que l’enfant chéri du Club organisateur, le VSP Lamballe ! C’était surtout un athlète qui s’était offert la bagatelle de 13 victoires durant la saison et un ado qui, en plus d’être Champion des Côtes d’Armor était aussi vice-champion de Bretagne… C’était donc un homme dangereux… et donc à suivre !

Une stratégie trop limpide…
« L’ennemi » lui ayant été si aimablement désigné, Thomas n’avait donc plus qu’à le prendre discrètement en filature, qu’à profiter autant que possible de son manque de notoriété avant de tenter de le flinguer traîtreusement dans le dos dès que l’occasion lui en serait donnée…


Une défaite n’est jamais qu’une somme d’erreurs…
Vooouiiii… Encore eut-il fallu que Thomas commence par faire un bon départ ! qu’il réussisse à caler rapidement et qu’il parvienne d’emblée à accrocher les bons wagons ou, mieux encore, la locomotive qui filait déjà à toute allure sans attendre que le loustic soit fin prêt… Tardivement, mais habilement, il faut lui reconnaître ce mérite et cette volonté farouche, le Cristolien s’employa donc à combler son retard quand – au lieu de sprinter sur le sommet de la bosse puis de sentir son accélération contestée par un vent résolument établi – il aurait pu tranquillement se mettre dans un bon sillage et ne consentir d’efforts que ceux strictement nécessaires…



Comme un Bleu !
Au terme du premier tour, lorsque je le vis passer, « mon gamin » était dans le paquet, tout comme Cornillé qui roulait « protégé » avant d’embrayer. Seul problème, mais de taille, Thomas le sans grade, sans victoire sur route cette année, Minime 1 quand son mythique adversaire était Minime 2, Thomas qui ne savait pas comment on courait en Bretagne et contre des Bretons dont le niveau « comparatif » lui était par ailleurs totalement inconnu, Thomas commettait l’erreur impardonnable de rouler DEVANT le Champion !
Ça ne fit pas un pli ! Au tour suivant, le héros s’était déjà « barré » et, dans sa roue souveraine, il n’y avait plus grand monde désormais… Au vrai, il n’y en avait qu’un qui avait sentir venir l’attaque ou, en tout cas, il n’y en avait qu’un qui avait eu les jambes pour suivre !





Tout n’est pas encore joué…
Mais rien n’était encore joué remarquez ! La course était encore longue, la chasse pouvait s’organiser, l’homme de tête s’épuiser, Thomas s’envoler, et blablabla, et blablabla… N’empêche que pour la seconde fois déjà, Brutus, l’attaquant, en était réduit à calfater les brêches que sa maladresse, ses erreurs tactiques, son judicieux souci de prudence (l’entrée dans le Bourg était « tendue » et le virage, avant d’aborder la grimpette, légèrement glissant) et sans doute aussi, un manque certain d’entraînement et un peu de fatigue, avaient laisser s’ouvrir entre lui et les meilleurs du peloton.


Des qualités de rouleur… et d’organisateur
Quelles qu’en soient les raisons Thomas, qui habituellement adore semer le trouble dans les pelotons qu’il nargue en leur présentant sa croupe de fuyard invétéré, était en permanence sur la défensive et contraint de redoubler d’efforts pour seulement rester au contact des meilleurs. Ce ne fut pas inutile remarquez ! Car je vis et j’entendis mon si discret cycliste organiser les groupes ou les coureurs qui se retrouvaient en sa braillarde compagnie. Haranguant les défaitistes qu’il organisait en files montantes et descendantes pour ne pas perdre trop de temps sur ses devanciers, encourageant les fatigué(e)s dont il espérait encore un peu de secours, je trouvais que mon gars s’y entendait pour créer une dynamique de groupe… à son profit supposé. Il faut dire que le garçon ne mégotait pas et qu’il faisait aussi plus que sa part de besogne. Thomas roula même si bien que, sans même sans rendre compte, il parvint à empocher une prime dans un sprint intermédiaire dont il n’avait pas entendu l’annonce !! « Si j’avais su qu’il y avait une prime, me dit-il après coup, j’aurais roulé plus vite car j’étais encore loin d’être à bloc et le gars devant moi, je le sautais sans problème… ». C’est évidemment sur ce type d’attitude que les organisateurs tablent, lorsqu’ils proposent d’attribuer des récompenses durant une course…


Une course, c’est élastique…
Mais tandis que Thomas n’en finissait pas de faire l’élastique, de se faire distancer avant de se rapprocher du leader, Erwan continuait de rouler à son rythme et d’imposer sa prééminence. Les seules fois où je le vis se relever un peu, ce fut pour permettre aux courageux qui l’avaient rejoint de bosser pour lui quand il se retrouvait « vent debout ».

Se rapprocher n’est pas gagner…
A l’entame du dernier tour, ayant usé la plupart de ses alliés de circonstance, Thomas était enfin parvenu à faire un rapproché significatif et réellement encourageant. Escorté de quelques garçons du genre : « costauds de la cuisse », Thomas n’était plus, au sommet de la bosse, qu’à quelques mètres du trio dont Erwan Cornillé était le moteur.



Tel est pris qui croyait prendre…
Durant le dernier tour, dans le milieu de la pente, à l’endroit où celle-ci s’adoucissait avant de se cabrer à nouveau, j’aperçus le maillot vert fluo de l’US Créteil aux avant-postes. Devant. Et c’est à ce moment-là que je vis le maillot jaune de Lamballe se décaler franchement en roulant d’un bord sur l’autre, dans cette attitude si caractéristique qu’ont les cyclistes lorsqu’ils lancent un sprint. C’était ce que je craignais. Après avoir intelligemment géré sa fin de course et laissé ses principaux challengers se fatiguer pour le « reprendre », Erwan avait porté son attaque à l’instant où ils auraient le plus de mal à réagir et à relancer encore. Mais après avoir creusé un élogieux écart, Erwan connut à son tour la fatigue et les jeunes ambitieux qui l’avaient pris en chasse se rapprochaient si inexorablement de lui qu’on crut un instant que le Champion ne résisterait pas à leur vindicte surexcitée…
Il résista pourtant et ce ne fut que justice si ce grand gaillard remporta cette course qu’il avait « animé » de bout en bout…
De son côté, Thomas ne démérita pas et, s’il mutiplia les erreurs, il sut par contre faire montre de ténacité, mettre en œuvre des dynamiques collectives et finit même par s’offrir la possibilité de disputer cet emballement final qu’il n’est pas loin de considérer comme l’acme de la pratique cycliste…

LES LEÇONS DU JOUR
1) Ce n’est pas parce qu’on vient de loin qu’on mérite plus qu’un peu de curiosité… Bonne occasion d’en profiter !
2) L’attribution de primes durant une course modifie de manière conséquente l’attitude des coureurs et la structure d’une course…
3) Ce n’est pas parce qu’une course en solitaire semble inenvisageable, et en tout cas suicidaire, qu’un gaillard convaincu ne tentera pas le coup et ne le réussira pas…
4) Lorsqu’un coureur couvert de titres assomme la concurrence, ses challengers sont comme pétrifiés par son attitude qui leur semble presque inhumaine… C’est aussi psychologiquement que le mythe s’impose à eux.
5) Ce n’est pas parce qu’un coureur surclasse tous les autres que les autres participants d’une course ne sont pas dangereux…
6) Ce n’est pas parce qu’on connait les fondamentaux de la stratégie de course qu’on pense à les appliquer dans le feu de l’action… Si chacune de vos courses est forcément formidable, la soumettre à un commentaire critique peut la rendre encore plus profitable.
OFF COURSE
Je n’ai pas aimé :
* le chauvinisme exacerbé du bonimenteur qui injuriait le reste du monde… Être fier de sa Région, c’est bien. Penser qu’elle est le centre du monde, c’est con.

* l’attitude de Thomas après la course. Déçu par sa prestation, il a laissé tomber son vélo au sol. Et côté dérailleur qui plus est ! Épuisé par l’effort consenti, il n’a pas eu la fierté de faire honneur au maillot qu’il portait en masquant sa fatigue et en adoptant une attitude digne et fière…
J’ai beaucoup aimé :
* le chauvinisme du commentateur qui nous a permis de découvrir la qualité du cyclisme local, la vigueur de ses associations et la qualité de ses coureurs…
* l’attitude de Thomas durant la course.